Les révélations du Covid ou après le monde d’après 

mains terre porter environnement

Je l’avoue, quand au printemps 2020, tout le monde s’est mis à gloser sur “le monde d’après”, je n’y croyais pas. Nombreux étaient ceux qui prétendaient qu’après le Covid et ce confinement, rien ne serait plus comme avant, que le monde deviendrait vertueux, que l’économie devrait se relocaliser, que la prise en compte des impératifs environnementaux serait générale… 

Leur optimisme a été largement démenti par les faits. Mais, après trois confinements, une obligation vaccinale déguisée, un “pass” sanitaire/vaccinal discriminatoire sans raison valable, force est de constater que le monde d’après existe bel et bien. Il est loin du paradis rêvé par certains. Il est dominé par la peur : celle des virus — les multiples variantes du Covid initial, la “variole du singe”, et demain, la maladie X ?—, celle du changement climatique — en permanence entretenue par les Cassandre du monde entier, amplifiée à chaque vague de chaleur, mais jamais tempérée dans les attaques du froid —, celle de la guerre — l’Ukraine a fait renaitre la crainte d’un affrontement nucléaire oubliée depuis la fin de la Guerre froide, Gaza fait prospérer racisme et antisémitisme—, viennent s’ajouter à celle, plus immédiatement proche de nous, du déclassement des couches moyennes de notre société occidentale… 

Cette peur omniprésente est devenue l’instrument principal des gouvernements occidentaux en perte de légitimité. La peur du chaos, chaos souvent créé par les mêmes qui prétendent nous en protéger. La France occupe à cet égard une place singulière depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, et sa réélection en 2022. En faisant mine de bousculer des clivages politiques surannés, Emmanuel Macron a installé un pouvoir personnel, où tout procède de lui et de sa cour. Il a distillé la peur et les clivages à l’envi, utilisé la répression policière violente comme aucun de ses prédécesseurs n’avait osé le faire. Il a régulièrement shunté la représentation nationale, par l’utilisation abusive du Conseil de défense, par des « grands débats » caricaturaux, puis par le recours addictif au 49.3, ou par la complicité d’un Conseil Constitutionnel bien éloigné, par sa composition même, des cours suprêmes des vraies démocraties. Il a ainsi délégitimé encore un peu plus la démocratie représentative française. Les calamiteuses législatives de 2022 n’ont rien arrangé. Non que la claque reçue par l’exécutif soit en soi une calamité. Mais simplement parce que le boulevard de combinazione qui s’est alors ouvert ne risque guère de redorer le blason d’un système à bout de souffle. 

Un révélateur

La France bien sûr n’est pas seule à porter la responsabilité de l’avènement de ce “monde d’après”. Elle n’est même, sur bien des sujets, que la caricature de tendances présentes ailleurs aussi, ou parfois initiées ailleurs, aux USA notamment. Car ce “monde d’après” était déjà largement en gestation depuis de nombreuses années. Le Covid n’a été qu’un révélateur, à l’instar de ces produits chimiques qui faisaient naguère apparaître les photographies sur le papier. Quelles sont donc ces grandes tendances que la crise créée par et pour un virus à la létalité limitée a révélées et amplifiées ? Et quelle pourrait être la prochaine étape ? C’est à proposer quelques pistes de réponse à ces deux questions que nous voulons nous attacher dans les semaines qui viennent. Mais plus encore, nous espérons que nos réflexions contribueront, aussi modestement soit-il, à dévier la course d’un monde d’après qui ne nous semble vraiment pas aller dans la bonne direction. Non pas que nous ayons la prétention de savoir à nous seuls quelle est cette bonne direction. Mais nous avons constaté au fil de nos échanges que nombreux sont celles et ceux qui ne veulent pas de ce monde déshumanisé, de ce monde apeuré, de ce monde normalisé. Alors, si Liassi peut aider à ce que chacun se rende compte qu’il n’est pas seul, nous aurons joué notre rôle de trait d’union. 

Et la Corse dans tout ça ? L’épisode Covid y a été un épisode de paradoxe. La Corse est peut être la terre de l’empire français où l’on respecte le plus les personnes âgées. Quoi d’étonnant alors à ce qu’une maladie qui en faisait ses premières victimes y ait fait peur ? En même temps, la Corse est terre rebelle. Et les mesures les plus stupides prises par le gouvernement français, par exemple les multiples épisodes rocambolesques du port du masque, interdit, puis obligatoire même à l’extérieur, n’y ont pas rencontré un grand succès d’estime. Les rebelles au port du masque en extérieur y ont été, nous avons eu l’occasion de le mesurer, bien plus nombreux que dans d’autres « régions ». Quant aux mesures les plus contestables, elles y ont rencontré des résistances parfois solides, malheureusement souvent trop individuelles : c’est un collectif de médecins corses qui a le premier dénoncé l’usage du Rivotril pour les personnes âgées atteintes du Covid, les désobéissances aux fermetures de cafés ou aux périmètres de liberté surveillée ont été nombreuses, le pass sanitaire n’a pas toujours été vérifié dans de nombreux restaurants, il s’en faut de beaucoup.  

Mais la Corse a aussi subi les conséquences de sa francisation forcenée depuis deux siècles et demi ! En Corse aussi, il y a eu des dénonciateurs. En Corse aussi, il y a eu des propagandistes du « vaccin pour protéger les autres » et des confinements. Quant au pass sanitaire, il mériterait presque un chapitre à lui seul. Comment oublier en effet que, bien avant sa naissance dans l’hexagone, le Greenpass était un cheval de bataille de Gilles Simeoni ? Dans l’intention louable de protéger les Corses des apporteurs de virus extérieurs, certes, mais quelle dose de naïveté ou de mauvaise foi faut-il pour avoir cru que le gouvernement français voudrait protéger spécifiquement les Corses en mettant en péril une saison touristique déjà fragilisée ? Puis, quand le pass sanitaire est devenu compatible avec le business — des labos pharmaceutiques en particulier —, le gouvernement français a pu l’imposer en Corse sans la moindre réaction des élus, même quand son application a conduit à écarter des personnels soignants, pourtant loin d’être trop nombreux chez nous. En fait, la Corse n’échappe pas à cette tendance générale des « élites » de vouloir le bonheur des populations malgré elles, quitte au passage à leur supprimer leurs libertés publiques, voire leur liberté tout court. Et la Corse n’a pas échappé non plus aux tendances sur lesquelles nous reviendrons dans de futurs articles : hygiénisme qui confond santé et absence de maladie physique, corporatismes exacerbés, …

Après le monde d’après

Certes, la meilleure stratégie face à une maladie contagieuse et inconnue, donc potentiellement dangereuse, est loin d’être évidente. Et on ne refait pas l’histoire. La crise du Covid, donc, a servi de révélateur, et parfois d’accélérateur. Nous ne reviendrons pas sur les thèmes déjà abordés sur Liassi : l’absurdité d’une bureaucratie orpheline de vrai projet politique, l’incompétence à diriger de nos dirigeants, la culture de la peur et de la survie. Nous en développerons plutôt quelques autres. 

Mais, au delà des mesures qui ont été prises, bonnes ou mauvaise, cette crise a mis en évidence ce qui est, à nos yeux, le pire de tous les dangers : l’émergence d’une gouvernance mondiale, bien loin d’être démocratique. Et c’est là que la Corse a un rôle à jouer, en Crise-wei-jicontinuant à se battre pour vivre. Elle est porteuse d’une solution pour l’après.  Une Corse indépendante n’aurait-elle pu suivre l’exemple de la Suède, qui a refusé toute restriction des libertés : pas de confinement, pas d’obligation du port du masque, utilisation très restreinte d’un pass vaccinal ? L’idéogramme chinois qui représente le mot crise est constitué de deux symboles superposés : l’un signifie danger, l’autre opportunité.

En tous cas, ce qui est évident, c’est que le meilleur antidote à une gouvernance mondiale autoritaire est la généralisation du principe de subsidiarité. Il se trouve que c’est aussi un gage de résilience dans un monde en profonde mutation. Nous y reviendrons.