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Je crois profondément que, d’un point de vue personnel, intime, nous avons une connaissance instinctive du Bien. Plus que les “valeurs” dont nous le parons, le Bien est une expression de notre instinct de survie : c’est prendre soin de soi ; et donc des autres, puisque que nous sommes un “zôon politikon”. Au-delà des interdits, le Mal est alors tout ce qui nous éloigne de ce soin. Ce peut être simplement l’inattention, l’erreur. Ce peut être aussi la peur ou l’envie. Ou le conflit, tant l’autre peut être à la fois celui qui nous permet d’être et celui qui nous en empêche. On peut même “tomber dans le mal” à cause de notre histoire, du contexte, voire d’une maladie. Mais, hormis peut-être dans le cas de la maladie, au fond, nous avons le choix, même si ce choix peut être conflictuel.
A condition toutefois de penser. Hannah Arendt, effectivement, disait d’Eichmann « C’est la pure absence de pensée […] qui l’a prédisposé à devenir un des plus grands criminels de son époque.* Et là encore, c’est nous qui choisissons de “penser en conscience”, ou non.
Face au vertige de notre liberté, et faute de pouvoir tous penser sans rambarde, pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt, nous avons créé l’idée du Mal comme garde-fou. En attendant de pouvoir un jour peut-être dire, avec Nietzsche, que « Le monde rit, le noir rideau s’est déchiré, La lumière à l’obscurité s’est unie…»
