Covid-19, le début de la fin ?

corona-4901878_1280Apparemment, le Coronavirus est devenu le sujet du jour. Oubliée la réforme des retraites. Oubliées, les violences policières qui émaillaient les manifestations hebdomadaires. On en oublierait même presque la crise des réfugiés du Moyen-Orient, si Erdogan ne venait nous la rappeler à coup d’images choc. Quant à la crise économique mondiale, elle a enfin trouvé son bouc émissaire…

Je m’en voudrais de ne pas profiter, à mon tour, du sujet du jour pour partager quelques réflexions. Je ne suis pas médecin, et ne me prononcerai donc pas sur la pertinence sanitaire des mesures prophylactiques ou des gestes barrières. Je ne suis pas dans le secret des centres de recherches, et n’ai donc pour information sur le nombre de personnes touchées, sur la gravité et sur la létalité du virus que celles que l’on trouve dans la presse et sur les sites officiels. Mais mon métier d’ingénieur m’a familiarisé avec l’usage des statistiques. Mon action de coach comme celle de militant m’a aussi familiarisé avec l’analyse des relations humaines. Et ma passion pour l’histoire m’a donné quelque éclairage sur la vie “d’avant”. 

Et ces éclairages me conduisent à penser que, là, vraiment, nous allons trop loin. Et à espérer que, par réaction, nous finirons par retrouver la raison et le bon sens.

Trop loin ? Pensons un peu que la dictature chinoise vient de recevoir les félicitations de l’OMS pour avoir parqué plusieurs dizaines de millions d’habitants, dans des conditions précaires. Un immeuble ne vient-il pas de s’effondrer sur les personnes qui y étaient confinées de force ? En d’autres temps, cela aurait provoqué indignation et condamnation…

Trop loin ? L’interdiction des rassemblements, ce rêve macronien pendant les mois de protestations qui viennent de s’écouler, est non seulement applaudie par le plus grand nombre, mais réclamée par nombre d’organisations. Au fait, pour celles et ceux qui ne verraient pas la différence entre décider librement, comme cela a été fait à Ajaccio et Bastia, de suspendre les meetings de la campagne électorale, et subir une interdiction gouvernementale ou préfectorale, je conseille vivement la lecture de Fahrenheit 451, 1984 ou Le meilleur des mondes, pour ne rien dire de périodes historiques encore récentes.

Oh, bien sûr, prendre des précautions ne peut nuire. Mais comment ne pas voir que ces mesures coercitives accentuent, si besoin était, d’une part l’irresponsabilité individuelle — si ce n’est pas interdit, je fais sans réfléchir — d’autre part, l’illusion de toute puissance protectrice de nos Etats ? Que le Président du Conseil Exécutif de Corse se sente obligé de faire de la surenchère par rapport aux mesures restrictives prises par le Préfet en dit long sur l’attente d’hyper-protection de notre société, du moins telle que se l’imaginent nos édiles politiques.

Et tout ça pour quoi ? Car, si les amateurs de statistiques sont sérieux, ne devraient-ils pas nous rappeler que, même si le coronavirus touchait la totalité de la population mondiale — ce qui, bien sûr, a une probabilité quasi nulle —, avec un taux de létalité de 2 à 3%, concentré sur les personnes les plus âgées ou déjà malades, cela n’aurait qu’un effet marginal sur l’indicateur ultime de santé dans nos sociétés : l’espérance de vie à la naissance ? Certains diront que mon raisonnement est biaisé parce que, à 65 ans bientôt, j’ai déjà largement dépassé la moitié du temps qui m’est imparti sur cette terre. Mais je fais aussi parti, par conséquent, des personnes les plus à risque, et pourtant, je trouve de loin ces “précautions” exagérées, voire pire. Prenons garde à ce qu’elles ne deviennent pas contre productives, qu’elles ne renforcent pas l’individualisme forcené d’une société qui en a déjà trop.

L’humanité a survécu à bien pire que ce virus. Elle survivra au Coronavirus version 2020. Mais combien de temps survivra-t-elle à cette folie de protection, à ce fantasme de société sans risque, sans maladie, sans mort ? Une amie très chère me disait : « Nous sommes tous condamnés à mourir un jour. Mais nous ne sommes pas condamnés à en avoir peur. » Relisons Chaucer ou Boccace, cela nous aidera à relativiser et à rire.

Notre condition humaine fait de nous des êtres relativement fragiles. Aujourd’hui, notre société, sous couvert de “principe de précaution”, nous fragilise encore plus en fragilisant nos liens sociaux. Aristote voyait en l’homme un “animal social”, un “zoon politikon”. Ne laissons pas des peurs millénaristes détruire lien social, convivialité, responsabilité, partage.

Addendum : il semble que, depuis la publication de cet article, les chiffres et les consciences ont très vite évolué. Tant mieux si cette évolution des consciences permet de rassurer, et de juguler cette maladie. Alors, oui, mettons en œuvre les gestes barrières nécessaires. Mais faisons le en toute responsabilité, et sans casser le lien social qui reste si vital.