Ingérence et colonisation

Je n’aime pas Monsieur Maduro. Son prédécesseur et lui sont en grande partie, si ce n’est totalement, responsables de la ruine et des malheurs de leur peuple, en même temps que Guaido_y_madurod’attaques inadmissibles contre la démocratie. Est-ce une raison pour justifier que plusieurs pays européens, la France en tête, emboîtent le pas des Etats-Unis de Trump en choisissant de reconnaître l’auteur de ce qu’il faut bien appeler un coup d’état ? Je ne le crois pas.

Au cours de ces dernières années, sous l’impulsion de Bernard Kouchner et d’une poignée de philosophes révolutionnaires en chambre, on a vu naître le concept de “droit d’ingérence humanitaire” des Etats. Mais qui décide ainsi le Bien et le Mal ? Comme par hasard, les Etats-Unis et les anciennes puissances coloniales européennes. Car l’intervention de la Russie en Crimée, elle, reste condamnable sans ambages… 

Or, cette ingérence humanitaire, en Libye comme au Venezuela, s’appuie sur des arguments qui ressemblent à s’y méprendre à ceux employés il y a plus d’un siècle pour justifier la colonisation… de l’Indochine ou celle de l’Algérie et du Maghreb. Oh, je ne prétends pas que la Coloniale va bientôt débarquer à Caracas ! La France bien sûr n’en a plus les moyens, fort heureusement. Mais aujourd’hui, ne suffit-il pas d’envoyer des banquiers plutôt que des soldats ?

La question est complexe. Il serait injuste de laisser un peuple se faire massacrer sans réagir. C’est bien pour cela que les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ont créé l’Organisation des Nations Unies. Malgré tous ses défauts, le “machin 1 ” n’est-il pas le seul à pouvoir prétendre à un peu de légitimité dans son éventuelle ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat ? C’est bien, en tout cas, ce que disait la France quand il s’est agi de mettre un terme au pouvoir d’un autre dictateur, en Irak.

Ne nous y trompons pas. Comme la colonisation jadis, ces postures de nos gouvernants sont bien davantage destinés à satisfaire des intérêts de politique intérieure (ou des intérêts économiques) qu’à faire respecter la démocratie dans le monde. Elles ont peu à voir avec la volonté de résoudre les problèmes. La véritable diplomatie, même humanitaire, se déroule dans la discrétion et non sous le feu des projecteurs médiatiques.

Quoi qu’il en soit, il nous faut souligner sans relâche le danger de ces ingérences. La seule approche démocratique consiste à reconnaître, partout, le droit imprescriptible des Peuples à disposer d’eux-mêmes et à se doter du gouvernement de leur choix. Et à renforcer, si besoin, les moyens de l’ONU pour faire respecter ce droit, ainsi que la solidarité réelle entre les peuples. On en est loin, en l’occurrence. Qu’un Président français, qui limite le droit de son peuple à manifester son opposition, qui refuse de reconnaitre le vote majoritaire des Corses en faveur de l’autonomie de leur pays, qui combat sans relâche les langues dites “minoritaires” (mais elles ne sont pas minoritaires pour leurs locuteurs !) se permette de dire le droit au Venezuela, et ceci sans que la majorité de la classe politique n’y trouve à redire, serait drôle si ce n’était pas le signe d’une dérive sans précédent de nos démocraties.

La Démocratie et la Liberté ne peuvent se couper en tranches. Seul le Droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes, et la reconnaissance généralisée du principe de subsidiarité, peuvent durablement assurer la paix et la prospérité. Le droit d’ingérence est un non-droit et consacre seulement le règne de la force.

Dernière minute : il semble que le Gouvernement français apprécie beaucoup moins l’ingérence du numéro 2 italien dans sa rencontre avec les Gilets jaunes que la sienne propre dans les affaires du Venezuela ! Vérité en deçà des Alpes, erreur au-delà, disait Montaigne !

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1 Dans une formule devenue célèbre, Charles de Gaulle surnomma ainsi l’ONU pour marquer sa désapprobation d’une intervention de l’organisation au Congo en 1960, qu’il refusa d’ailleurs de co-financer. Il faut dire que le Secrétaire Général de l’époque avait sérieusement agacé la France par ses interventions sur l’Algérie et l’affaire de Bizerte… Source : L’ONU, une tribune pour la, politique gaullienne ? par Maurice Vaïsse, Professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.

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