Référendums

2016_eu_referendum_ballot_paperAprès la défaite cuisante rencontrée au Parlement par Theresa May à l’occasion du vote sur son projet d’accord avec l’UE, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent pour enterrer le résultat du référendum britannique de 2016 : prolongation indéfinie de la période de transition, maintien définitif dans l’Union douanière, deuxième référendum 1 , … 

Le Président de la République française y va de son petit couplet, affirmant que le référendum britannique avait été manipulé et en profitant pour égratigner au passage la revendication d’un Référendum d’Initiative Citoyenne portée par les Gilets Jaunes.

La Grande-Bretagne et son Brexit peuvent nous sembler loin de la Corse, et on peut être tenté de dire : « Que les Brits se débrouillent ! ». Mais ne nous y trompons pas, c’est la démocratie en Europe qui est en jeu.

Que l’on soit ou non d’accord avec le résultat du référendum du 23 juin 2016, l’objectivité oblige a reconnaitre que ce résultat était net : plus d’un million de voix d’écart, soit près de 4 points, ce n’est pas négligeable ! Alors, la démocratie n’exige-t-elle pas que ce résultat soit mis en œuvre ?

L’Union Européenne nous a habitué à ne prendre qu’avec des pincettes les résultats des consultations qui ne vont pas dans le “bon sens”. Les Danois ont été appelés à revoir leur vote sur Maastricht en 1992-1993. Le projet de traité constitutionnel européen, rejeté par référendum en France et au Pays-Bas en 2005, a refait son apparition sous la forme de traité de Lisbonne, ratifié en 2008 après une modification nécessaire de la Constitution française, sans référendum cette fois-là.

Mais ici, ce dont il s’agit, c’est de la capacité ou non des élites européennes et britanniques de respecter ce qui ressemble fort à un référendum d’autodétermination. Imaginons que le Oui à l’indépendance l’ait emporté lors du référendum écossais de 2014. Que se serait-il alors passé si le Parlement britannique avait mis autant de bâtons dans les roues d’une séparation à l’amiable que ce que les instances de l’Union Européenne l’ont fait après 2017 ? On ne le saura jamais, puisque le résultat de 2014 a donné une nette majorité au Non, et curieusement, personne ne parle de référendum manipulé en l’occurrence…

L’Union européenne n’est pas une démocratie. C’est, au mieux, une technocratie teintée d’oligarchie. Mais les pays qui la constituent sont encore des démocraties. 

Une démocratie ne se limite pas à respecter les décisions résultant d’un vote majoritaire du peuple. Mais c’en est une composante néanmoins essentielle. Faute de respecter le vote des Britanniques sur le Brexit, les élites européennes ou europhiles, qu’elles soient à Bruxelles, à Paris ou à Londres, enverraient un message clair aux peuples d’Europe : “il n’est pas possible de s’autodéterminer par un vote, si l’issue de ce vote ne va pas dans le sens voulu par l’Union Européenne”. Et cela aurait des conséquences dramatiques.

Forza a Democrazia !

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1 On pourra arguer que c’est aussi ce qui se passera en Nouvelle Calédonie. La différence, c’est que dans ce dernier cas, la possibilité d’un deuxième, voire d’un troisième référendum, était inscrite d’emblée dans l’accord qui a conduit au premier.

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