La guerre de Sécession n’est pas seulement l’image d’Épinal que l’on en garde : la cause abolitionniste l’emportant sur le Sud esclavagiste. L’esclavage est bien au cœur de la sécession. Il n’explique pas à lui seul la guerre, et il ne faut pas y projeter l’antiracisme d’aujourd’hui. Le Nord industriel et le Sud agraire, le pouvoir fédéral et le pouvoir des États, s’opposent depuis des décennies. En 1860, un parti décidé à contenir l’esclavage est vécu au Sud comme la fin du pacte qui a créé l’Union. La sécession suit. La guerre commence quand Washington refuse le départ des sécessionnistes. Lincoln le dira en 1864 : tous se réclament de la liberté, et tous ne mettent pas la même chose sous le mot. James McPherson y lit les deux libertés d’Isaiah Berlin, la non-interférence et la maîtrise. Il ne rejette pas la seconde, soulignant simplement que le pouvoir qui protège peut aussi asservir.
Ces questions restent les nôtres. Comment partager la souveraineté, tenir des valeurs sans les imposer, trouver un juste équilibre entre les deux libertés ? L’Union européenne n’est pas l’Amérique de 1850. Elle a pourtant grandi vite, de six à vingt-sept membres, en absorbant des nations déjà constituées, dans un monde qui n’est plus celui de la Guerre froide. Les tensions ne datent pas d’hier : le compromis de Luxembourg, Maastricht, le second vote danois, Lisbonne après deux non, un Brexit accueilli sans amitié, des pressions budgétaires à l’est. Ni le pouvoir européen, ni les pouvoirs nationaux ne sont exercés par des anges.
Puisque la vertu est rare, le cadre doit tenir sans elle. Madison le disait déjà : habiliter le gouvernement, puis l’obliger à se contrôler. Quatre principes suffisent à le dessiner. La subsidiarité borne le haut. La solidarité est une entraide, pas un levier politique au service du pouvoir central. L’expérimentation permet d’essayer autrement. La conciliation passe par la négociation, garantie par le droit de veto. Le droit de sortir, article 50 de l’actuelle Union européenne, doit rester une clôture de comptes, pas une punition.
La Suisse montre qu’on peut resserrer le lien sans tout prendre aux cantons. Elle est, depuis 1848, un État fédéral qui a gardé le nom de Confédération, et les cantons y ont gardé de réels pouvoirs. Elle n’hésite pas à recourir au référendum pour trancher les différends. L’Islande rappelle qu’on peut vouloir l’espace européen sans le club des politiques communes.
L’avenir de l’Europe doit être celui d’un approfondissement de la démocratie, non d’une victoire de la technocratie. D’où la proposition : ni fédération sans sortie possible, ni Europe des régions dessinée à Bruxelles, mais une Confédération des nations européennes, appuyée sur les quatre principes cités précédemment. Un centre garant du pacte, saisi par les peuples concernés, ni architecte de leurs frontières, ni décideur de leur quotidien.

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