Liberté !

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J’avais à peu près 15 ans quand j’ai entamé mes premiers combats politiques. Cela fait donc près de 50 ans que durent mes engagements. Politiques, syndicaux, associatifs, et même professionnels, ils ont un fil rouge unique, qui tient en un mot : liberté. 

Aujourd’hui plus que jamais au cours de ma vie, je ressens cette liberté en grand danger. Sous prétexte de menace terroriste d’abord, de menace sanitaire aujourd’hui, on nous surveille, on nous impose des comportements, on nous interdit d’exprimer certaines opinions, on filtre — quand on ne déforme pas — l’information. 

De nouveaux dominants

394px-La_Censure_by_Georges_LafosseQui est ce « on » ? Comme toujours depuis les débuts de l’histoire humaine, ceux qui sont en situation de dominer les autres. Au début de l’histoire, ce fut probablement la force physique. Puis celle-ci se combina avec les armes, pour laisser progressivement la place à la ruse, et à la richesse. Aujourd’hui, c’est cette dernière qui domine, combinée avec une certaine forme d’intelligence, celle qui permet de contrôler ces auxiliaires du pouvoir que sont les médias. 

Car, depuis quelques décennies déjà, nous sommes en transition. Un passage de la société de consommation de masse à la société de l’information. Aujourd’hui, ceux qui détiennent le pouvoir sont ceux qui contrôlent l’information. Facebook, Twitter ont pu nous faire croire un temps qu’il était devenu impossible d’exercer un tel contrôle. Les printemps arabes ont fait un temps illusion. Mais c’était oublier qu’ils servaient des intérêts bien en place, et que c’était là la raison de la complaisance des réseaux sociaux à leur égard. Cette illusion se déchire aujourd’hui à grands coups de censure sur Facebook ou Twitter des opinions divergentes sur la « pandémie » de Covid. Ainsi sont aujourd’hui interdits de réseau les textes affirmant que l’HCQ est un traitement efficace contre le COVID-19.

L’instrumentalisation de la peur

Et maintenant, on nous impose un décompte journalier des « infections au Coronavirus », prétexte à des mesures diverses de contrôle de nos attitudes : distances, port du masques, rassemblements… On aurait tenté de mettre en place ce type de mesure il y a seulement 20 ans, elles auraient été rejetées en masse. 

haloween_mask_ghost_fear_skull_yell_film_horrorJe veux être clair. Le problème à mes yeux n’est pas tant le masque, qui est somme toute « une petite contrainte », loin des violences dont les sociétés totalitaires du passé ont été témoins. Le problème est l’instrumentalisation de la peur. Parce que, si l’on veut bien prendre un peu de recul, jamais on a ainsi tenté de régenter nos vies, avec la complicité plus ou moins active d’une part très significative de la population. Au Québec, pays pourtant “libre“, un site spécifique a été mis en place par la police pour permettre à chacun de dénoncer en ligne les comportements ne respectant pas les « gestes barrières » : non respect des distances, rassemblements à domicile, etc… ! En France, de telles dénonciations sont encore artisanales et ne peuvent se faire en ligne. Mais cela ne les empêche pas d’être nombreuses !

Car, ce qui a changé par rapport aux épisodes précédents de prurit totalitaire, c’est qu’il n’est pas nécessaire aujourd’hui de porter une chemise brune ou noire pour dénoncer son voisin. Il suffit de se draper dans la certitude, distillée à l’envi par les médias, que l’on fait cela pour le bien de la collectivité ! Non pour soi, mais parce que ces irresponsables mettent en danger la vie des autres, en particulier les plus vulnérables…

La dictature avance toujours masquée  

Tous les auxiliaires de dictatures ont toujours prétendu que c’était pour le bien de la société. L’antisémitisme dans l’Allemagne des années 30 s’appuyait sur un prétexte : protéger le(s) pays. À cette époque, l’antisémitisme était d’ailleurs extrêmement répandu, en France comme en Allemagne. S’il a pu prendre outre Rhin la dimension abjecte qu’il y a trouvé, c’est simplement parce que la peur de la misère et donc la recherche d’un bouc émissaire, y était plus grandes que chez les vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Et, parce que l’histoire est écrite par les vainqueurs, on a occulté les prétendues « logiques » de l’époque. Munich est devenu symbole d’infamie alors que ses protagonistes avaient été acclamés partout. 

Nous sommes loin aujourd’hui de ces horreurs. Mais sommes nous sûrs que les mécanismes à l’œuvre soient si différents ? La peur du déclassement économique étreint depuis plusieurs années déjà les couches moyennes qui forment la majorité de nos pays. La recherche de boucs émissaires vient avec. Ce sont les migrants qui volent, à défaut du travail (puisqu’ils n’ont pas le droit de travailler), les budgets sociaux. Et aujourd’hui, s’y ajoutent les « irresponsables » qui, faute d’une obéissance aveugle aux consignes de nos gouvernements éclairés par la Grâce, risquent de réactiver une épidémie qui provoquera un nouveau confinement, etc. 

1600px-William_Holman_Hunt_-_The_ScapegoatCe dernier avatar du bouc émissaire a un avantage énorme. Il permet de se draper dans la dignité du “ce n’est pas pour moi, c’est pour protéger les autres“. Redoutable logique, qui ouvre la porte au passeport sanitaire, à la vaccination obligatoire, à la sanction des “comportements à risques“ par une exclusion de la Sécurité Sociale (entendez des remboursements, pas de l’obligation de cotiser…). J’exagère ? Allez donc regarder du côté des réseaux sociaux, qui permettent de tester l’acceptabilité de telle et telle mesure. Vaccin obligatoire, traçage informatique imposé et pénalisation par la suspension de la Sécurité Sociale y sont tranquillement défendus. Le Meilleur des mondes n’est pas si loin. Ou la société “hygiéniste” que décrivait Isaac Azimov dans son Cycle des Robots. Comme le rappelait Camus, la dictature avance toujours masquée. 

La liberté comme antidote

Bien sûr, nombreux sont ceux qui me diront que je vais trop loin, que je me trompe d’époque et de combat. Et peut être même ont-ils raison. Peut-être que cette épisode de peur collective sera demain un simple souvenir. Vaccin ou simplement perte d’énergie du virus auront eu raison de la peur… Je dois avouer que je n’y crois guère, tant la faculté de nos gouvernants à soulever de nouvelles menaces, réelles ou illusoires, est grande. Que ceux qui pensent que je me trompe me cite donc un seul domaine dans lequel, au cours des 25 dernières années, les libertés publiques se sont développées ! Je n’en vois aucun, alors que ceux où elles ont régressé sont légion. À mes yeux, le principe de précaution doit aussi s’appliquer pour préserver ce bien qui nous est parfois encore plus rare et précieux que l’air que nous respirons : la liberté, sans laquelle nulle invention, nul progrès n’est possible. 

La dernière invention des chiens de garde de l’ordre établi est de faire de la liberté le simple objet d’un travail de développement personnel. Notre vraie liberté, disent-ils, est intérieure. C’est aussi ce que se disent les prisonniers en mal d’évasion…

chain-297842_960_720Non, la liberté n’est pas un exercice philosophique. Elle est, très concrètement, le seul antidote à la dictature. Certains prétendent que ma liberté s’arrête où commence la leur. Je prétends moi que la leur, comme la mienne, s’étend à l’infini, et qu’on ne peut être vraiment libre que si les autres le sont aussi. Certains affirment que les humains ne sont pas assez responsables pour qu’on les laissent libres. J’affirme moi que c’est la liberté qui développe la responsabilité, et que conditionner l’une à l’autre conduit à les détruire toutes les deux. 

Que l’on me comprenne bien. Je ne parle ici ni de la simple liberté de parole, ni de celle de critique. Je parle de la liberté de faire, de la liberté de décider. Que ceux qui doutent fassent l’expérience suivante. Réunissez un groupe de personnes, posez leur une question, n’importe laquelle, et dites leur : vous avez la possibilité de vous exprimer. S’en suivra une cacophonie invraisemblable où les meilleures comme les pires idées fleuriront. Changez l’injonction et dites-leur : c’est vous qui décidez, personnes ne viendra arbitrer ou vous donner la réponse. Il y aura alors un grand silence, qui sera très probablement suivi de la question posée par l’un des membres du groupe “quelle méthode allons-nous suivre pour nous mettre d’accord ?” Et le groupe trouvera une réponse efficace. J’en ai fait l’expérience plus d’une fois dans des entreprises qui voulaient mettre en œuvre un mode de management que d’aucuns ont nommé “l’entreprise libérée“. Je l’ai aussi expérimenté dans différentes associations. Et on peut ajouter que les preuves historiques ne manquent pas, par l’absurde, dans l’analyse des dictatures du passé récent. Être libre rend responsable. Être soumis à la contrainte d’une pléthore d’interdits ou d’obligations rend irresponsable… et très souvent agressif. 

dunes-sand-death-valley-desert-thumbnailAujourd’hui, je suis presque désespéré de voir la faiblesse des réactions contre les attaques incessantes contre notre liberté. Presque désespéré seulement. Parce qu’il suffit d’un brin d’herbe qui stoppe le sable pour que naisse une dune. Fasse le ciel que je puisse, à mon niveau et à ma mesure, être un de ces brins d’herbe. 

Liberté !