Ces idiots qui nous gouvernent…

« En matière de grande catastrophe publique, toujours privilégier la connerie au complot. La connerie est à la portée de tous, c’est donc assez largement répandu. Le complot nécessite beaucoup d’intelligence et d’organisation, c’est très rare. » Ces mots sont de Michel Rocard, le 19 avril 2016, au cours d’un dîner débat avec Alain Bauer. Aujourd’hui, neuf ans plus tard, nous sommes servis en matière de connerie !

Il est de coutume de louer l’intelligence de nos dirigeants, même quand nous ne partageons pas leurs convictions. Ainsi en est-il à propos d’Emmanuel Macron, après Mitterrand, Giscard et autres. Certains Présidents ont certes été davantage loués que d’autres, mais peu ont été accusés de bêtise, du moins depuis que la fonction n’est pas qu’honorifique. Et il en est de même des ministres ou des leaders de l’opposition. Et si tout cela n’était qu’une vaste escroquerie ?

La ruse n’est pas l’intelligence

L’intelligence, c’est la faculté de comprendre, de discerner. Inter-leggere, choisir entre, et aussi relier, ramasser. Nos politiciens ont plutôt choisi de diviser, d’opposer, d’affirmer, d’imposer. Pour mieux se saisir du pouvoir, mieux tromper leurs adversaires. Comme le gibier qui cherche à égarer son chasseur par la ruse, nos politiciens déploient une énergie formidable à tenter d’égarer le peuple qui les élit. Nous avions naguère évoqué, dans La fabrique de l’incompétence,  cette contradiction profonde de la démocratie, qui fait que les compétences nécessaires à la conquête du pouvoir — instinct de prédation, ruse, dissimulation — ne sont pas celles qui seraient nécessaires à son bon exercice — intelligence, ouverture, modestie. Allons plus loin. Des exemples récents nous suggèrent que, non seulement ces compétences ne sont pas les mêmes, mais qu’en plus, les premières ont tendance à détruire les secondes ! Comment expliquer autrement que par la bêtise le fait qu’une Ministre de l’Education nationale, dans une piteuse tentative de défendre l’usine à gaz inefficace et injuste qu’est ParcoursSup, nous explique que c’est dès la maternelle qu’il faut penser à son orientation professionnelle ? Comment expliquer autrement que par la bêtise infatuée les rodomontades d’un Bruno Le Maire, piètre auteur de romans pornographiques et ex-Ministre de l’économie ayant ruiné le pays à coup d’argent magique qui existerait soudainement en période de pandémie ? Ou les affirmations d’une ministre de l’environnement expliquant que les ZFE privilégient les pauvres, puisque ceux-ci n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture, même polluante ?

Si l’intelligence est la capacité à faire des choix judicieux, le moins que l’on puisse constater, étant donné l’état actuel du monde et de la France, c’est qu’elle n’a pas été souvent au rendez vous au long de ces dernières années, voire décennies. Du moins si l’on mesure la pertinence de ces choix à leur faculté à servir l’intérêt général. 

Bêtes ou méchants ?

Bien sûr, on peut se poser la question de savoir si les politiciens ne mettraient pas, en fait, leur intelligence au service exclusif de leurs propres intérêts. Ainsi, ils ne seraient pas stupides, mais fourbes. Regardons d’un peu plus près l’environnement du Pouvoir et ses conséquences sur les hommes et les femmes qui l’exercent. 

En France en particulier, même si ce n’est pas une exclusivité française, le Pouvoir s’accompagne d’attributs. Argent, voitures de fonction, logements de fonction, gardes du corps, tous ces attributs concourent à éloigner les hommes et femmes de pouvoir du reste de l’humanité et de ses contingences. Le dernier Président de la République à avoir réglé de ses deniers une note d’électricité serait… Charles de Gaulle. Cette « protection » dont jouissent ainsi les politiques serait presque une circonstance atténuante à leur incapacité à comprendre les vrais problèmes rencontrés par leurs électeurs. Le coût de la vie est proportionnel à la distance au pouvoir. Et cette protection n’est pas réservée à ceux qui exercent effectivement le pouvoir. Leurs oppositions en ont largement leur part, il n’est que de regarder les facilités accordées à un député ou un sénateur. Et il en est de même, quoiqu’un peu moins fort, pour les petits barons de province qui prétendent diriger une région. Avez-vous entendu parler d’une possible baisse des émoluments des Conseillers territoriaux de notre île par solidarité avec les difficultés rencontrées par les Corses ?

Résumons. Les mécanismes d’accès au pouvoir, y compris ou surtout dans une démocratie, ont tendance à sélectionner des personnes qui, pour le moins, savent mettre leurs scrupules de côté. Puis, une fois arrivés au sommet ou pas trop loin, ces personnes bénéficient d’une protection qui les distinguent du commun des mortels. Comment s’étonner alors que le sentiment de quasi impunité libère leurs plus mauvaises tendances ? Je laisse aux philosophes le soin de disserter sur la nature humaine et sur sa bonté spontanée. Je me contente d’observer les quelques affaires qui sortent, et qui ne sont que l’arbre qui cache la forêt. 

Alors, plus méchants que bêtes ? En réalité, fourberie et stupidité ne sont nullement incompatibles. Encore une fois, la ruse qui accompagne la fourberie, n’est pas l’intelligence. Et la cupidité est souvent l’attribut d’imbéciles qui n’ont pour se mettre en valeur que leurs biens matériels, plutôt que celui de personnes intelligentes qui se réalisent dans leurs actions. 

Un monde politique incurable 

En démocratie, nous dit-on, si l’on n’est pas satisfait des hommes politiques au pouvoir, il suffit de voter contre eux et ainsi d’en changer. Chacun sait bien à quel point ceci est faux. D’une part, c’est bien avant l’élection que le système verrouille les candidatures. Il ne reste plus à l’électeur qu’un choix restreint entre celles et ceux qui ont passé les pré-sélections. Et l’expérience française récente montre que la bêtise est également partagée entre tous les partis politiques. Ne parlons pas des sorties plus délirantes les unes que les autres des ineffables députés de LFI, nous avons déjà amplement évoqué leur irrépressible besoin de provoquer. Citons plutôt la récente motion d’élus du PS, expliquant que l’autonomie de la Corse serait une boîte de Pandore libérant toutes les dérives possibles du communautarisme ! Défendre Rima Hassan, c’est bien et cela n’a rien de communautariste. Mais envisager de pouvoir décider à Ajaccio de quelques petites choses qui ne concernent que les Corses, ce serait introduire le diable dans la République ? Encore une belle preuve d’intelligence et de clairvoyance !

Accessoirement, je ne suis pas convaincu que nos dirigeants corses fassent preuve d’une beaucoup plus grande intelligence, d’ailleurs. Auraient-ils entretenu des illusions sur une possible autonomie sans rapport de force si tel était le cas? Auraient-ils cultivé l’immobilisme qui caractérise les deux mandatures de Gilles Simeoni si tel était le cas ?

Car, bien plus qu’à un complot, je crois, comme Michel Rocard, que c’est la connerie qui préside à tous ces non-choix ou mauvais choix. Le problème, c’est que les gens vraiment intelligents ne sont pas légion, et que, de surcroît, les mécanismes de sélection de notre pseudo-démocratie représentative les tiennent éloignés du pouvoir.

« Il y a plus de chances de rencontrer un bon souverain par l’hérédité que par l’élection. », disait Napoléon. Certes, il prêchait pour sa paroisse, mais les faits n’invalident pas pour autant son affirmation. Et pourtant, il ne saurait être question de revenir au droit divin et aux monarques héréditaires, la période ne s’y prête guère !

Que faire alors ? Améliorer radicalement l’humanité, et sélectionner ses dirigeants sur la base exclusive d’une intelligence, sur laquelle il serait d’ailleurs difficile d’établir un consensus, n’est pas réaliste. La seule option sage est de limiter leur pouvoir de nuire. Cela est possible, en diminuant les prérogatives de l’Etat et de tous les étages intermédiaires. Cela s’appelle la subsidiarité généralisée. À défaut de perfection intellectuelle et morale des dirigeants politiques, cette subsidiarité permet au moins de limiter leurs dégâts.