Ghjurnate Internaziunale

Que vient faire, sous la plume de coachs managériaux, un article sur les Ghjurnate Internaziunale de Corti, organisées par Corsica Libera ? Deux réponses brèves. D’abord, comme nous l’avons indiqué dans la rubrique A propos, parce qu’il y a continuité entre le monde de l’entreprise et celui de la société dite “civile”. Les valeurs d’humanisme, de respect, d’efficacité dans le sens de l’intérêt collectif, que nous avons toujours voulu faire avancer dans l’entreprise, ont bien évidement toute leur place dans la société civile et politique. Si l’entreprise doit être citoyenne, comment les citoyens que nous sommes pourraient-ils se désintéresser du reste du monde ?  Ensuite parce que nous-mêmes avons évolué, et voulons inscrire notre engagement dans d’autres sphères que le monde exclusif de l’entreprise. Installés aujourd’hui à Batia, nous entendons bien contribuer, dans la mesure de nos moyens, et avec notre spécificité de “coachs managériaux”, à la réussite de cette Corse nouvelle que les récentes victoires électorales des nationalistes portent en germe. Nos valeurs restent les mêmes. Notre but — promouvoir un mode de management des entreprises et des organisations davantage porteur de sens, par une meilleure prise en compte des dynamiques humaines en jeu, ainsi que nous l’écrivons sur notre site — demeure, son champ d’application s’élargit. Nous espérons que nos lecteurs nous comprendront, voire nous approuveront…

Mais venons en maintenant aux Journées de Corte. N’attendez pas ici un compte rendu factuel. Seulement quelques impressions, quelques flashes de ce que nous en avons retenu.

Mensonges par omission

Depuis le temps que nous nous intéressons à ce qui se passe dans le monde de l’ancien empire colonial français, nous pensions ne plus avoir beaucoup à apprendre. Et pourtant. Grace aux représentants de Kanaky et de Polynésie “française” présents à ces journées, nous avons appris qu’il existe une liste, à l’ONU, des “territoires non autonomes à décoloniser”. La Polynésie française et la Nouvelle Calédonie y étaient inscrites dès le début. Mais la France a réussi à les en faire retirer dans les années 60. La Kanaky (Nouvelle Calédonie) y est revenu en 1986, la Polynésie en 2013. Qui le sait ? Qui, parmi les ministres ou députés français, au moment où se prépare le referendum d’autodétermination en Nouvelle Calédonie, a songé à rappeler cette position de l’ONU ? Manifestement, certaines prises de position de l’ONU — celles qui mettent en cause les Etats-Unis, par exemple — sont plus médiatisées que d’autres. Pourtant, ne serait-ce pas une simple exigence de transparence démocratique que de faire connaître cette information, même si on ne l’approuve pas ?

On parle beaucoup de “nouveau monde” depuis un an en France. Il ne peut pas y avoir d’exercice réel de la démocratie fondé sur le mensonge, fût-il par omission. Déjà, le non enseignement de l’histoire de Corse, de Bretagne ou d’Alsace dans les écoles de ces territoires tient du même procédé. Comment construire une démocratie moderne, éclairée, respectueuse, si l’Etat continue à chercher à effacer la mémoire des peuples, et à cacher ce qui le gêne…

Utopique, me direz-vous ?  La résignation à l’inacceptable a conduit dans l’histoire récente à trop de drames pour que nous puissions encore nous permettre de rejeter cette exigence de transparence au nom d’un réalisme qui ne serait qu’un renoncement.

Une culture vivante

Par contraste avec ces mensonges institutionnels, les Journées de Corte ont illustré une culture vive, vivante, vivace. La culture corse, bien sûr, avec la place majeure de la langue corse ou le spectacle du samedi soir qui alliait la tradition avec Felì et le rock corse avec Doria Ousset. La culture catalane, avec les pyramides humaines des Minyons de Terrassa. Mais, tout simplement, ce qui fait culture, c’est aussi la clarté des prises de position des uns et des autres, la solidarité sans faille avec les prisonniers politiques et leurs familles, la richesse des relations intergénérationnelles — on vient vraiment aux Ghjurnate de 7 à 77 ans, et plus… —, les liens que tisse en permanence le Président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni entre l’histoire, le présent et le futur, de Pasquale Paoli à la Corse du XXIe siècle. Car la culture vivante ne se trouve pas dans les musées, mais dans les relations entre les membres d’une société. Comment ne pas être touché par l’ovation que la foule de centaines de participants a réservée, debout, à François Sargentini, Président de l’Office de l’Environnement, simplement pour l’encourager face à la maladie qui le frappe ?

La culture, nous dit la sociologie, c’est ce qui est commun à un groupe d’individus et qui le soude. Les Journées de Corte sont clairement, dans ce sens, une magnifique “manifestation culturelle”.

Construire une nouvelle Europe

De la culture à la construction européenne, le pas est vite franchi. L’Union Européenne ne s’est-elle pas d’abord construite sur la base de valeurs communes, d’une volonté partagée de vivre ensemble dans la paix ? Malheureusement, aujourd’hui, ce sont les accrochages qui font plus souvent la Une, qu’il s’agisse des pseudo-négociations du Brexit, de la désastreuse gestion des migrants ou du scandaleux soutien “aveugle” à la politique répressive du gouvernement espagnol lors du référendum d’autodétermination de Catalogne. L’invité d’honneur de ces Ghjurnate, Carles Puigdemont — pour cause d’exil forcé, présent seulement par vidéo interposée — a rappelé les valeurs — démocratie, respect des peuples, paix — qui fondent la construction européenne et qui semblent bien souvent sacrifiées aujourd’hui sur l’autel de l’Euro. Il n’y a pas de “nationalité européenne”, il n’y a pas de “langue européenne”, a-t-il justement rappelé. L’Europe est une mosaïque, et c’est ce qui fait sa vraie force et sa vraie richesse. La “course à l’uniformité” qui semble aujourd’hui engagée par la Commission et par les Etats qui constituent l’Union est non seulement en contradiction avec ses principes fondateurs, mais profondément mortifère. Il faut refonder cette Europe, en partant “d’en bas“, comme l’a vigoureusement exprimé Carles Puigdemont, et en posant comme principe intangible le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Que le peuple catalan se voit refuser le droit à un referendum d’autodétermination, que le seul pays où un tel droit a été accordé sans barguigner (pour l’Ecosse) quitte aujourd’hui l’Union, a de quoi interpeler. L’Europe est à une croisée de chemins. Elle peut s’y perdre définitivement, y perdre son âme, ou au contraire retrouver du sens, à la condition expresse d’assumer son caractère définitivement pluriel.

Voici les quelques impressions que nous ont laissées ces journées, riches en découvertes et en échanges. On pourrait sûrement ajouter plein d’autres éléments. Les lecteurs qui s’y intéressent en trouveront beaucoup dans la presse (Corse Matin, Corse Net Info) ou sur Internet.

Pour notre part, nous y avons vu une métaphore des fondamentaux d’une bonne gouvernance, qu’elle soit appliquée à l’entreprise ou à la société : l’exigence de transparence d’abord, seule à même de permettre à une société adulte de se gouverner ; la richesse d’une culture vivante qui fait lien ; la prise en compte nécessaire de la diversité, de la pluralité de notre monde. Nous reviendrons sur ces fondamentaux.

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