
Deux livres viennent de paraître sur les dérives antisémites d’une certaine gauche française : Les complices du mal, d’Omar Youssef Souleimane, et Les nouveaux antisémites, de Nora Bussigny. Je ne vais pas ici en faire une recension. Je ne peux que conseiller à chacun voulant passer au-delà des a priori de la bien-pensance moderne de les lire. Ils sont sérieux et très bien documentés. Je veux plutôt vous proposer dans les lignes qui suivent quelques réflexions que ces lectures m’ont inspirées.
Même si je me suis limité, cet article est long. Le sujet s’accommode mal de raccourcis, sauf à tomber dans la caricature. Pour faciliter une lecture « par morceaux », j’y ai intégré un sommaire.
- Deux enquêtes édifiantes
- L’Islamisme, digne successeur du nazisme
- Le piège de la Palestine
- Quand on veut dîner avec le diable…
- Une seule issue : approfondir la démocratie
Avant d’entrer dans le vif du sujet, que l’on me permette une petite digression personnelle. Je ne suis pas, et ne serai jamais, un homme de droite. Non que cela serait déshonorant : je connais des hommes et des femmes de droite très respectables et respectueux des autres, j’ai même quelques amis de droite. Ce n’est simplement pas dans mon ADN. J’ai été éveillé à la politique, il y a plus d’un demi-siècle, par la lecture du Manifeste du Parti communiste, de Marx, que mon père m’avait prêté. Puis j’ai fait mes premières armes au PSU, qui m’a conduit au cabinet d’Huguette Bouchardeau quand elle fut ministre de l’environnement de 1983 à 1986. L’idée d’autogestion, aboutissement d’un combat pour la liberté et la dignité, me semblait alors, et me semble toujours, la seule qui pourrait faire avancer l’humanité. J’ai toute ma vie milité pour la liberté, la justice, la dignité et le droit imprescriptible des peuples à disposer d’eux-même, et je continue à le faire. Ce ne sont clairement pas des idées de droite. Le malheur veut qu’aujourd’hui, ce ne soit pas non plus des idées défendues par la gauche. La gauche politique, en France du moins, a trahi ses idéaux. Les deux livres cités plus haut le démontrent clairement.
Deux enquêtes édifiantes

Omar Youssef Souleimane est français d’origine syrienne. Il a fui son pays de naissance devant la répression sauvage organisée par Bachar El-Assad contre celles et ceux qui s’étaient levés contre sa dictature au moment du « printemps arabe » syrien. Il y est retourné brièvement après la chute d’El-Assad, voir sa mère après douze ans de séparation forcée. Il sait de quoi il parle quand il parle du Mal, et des formes multiples qu’il peut revêtir. Son attachement à la liberté et à l’esprit des Lumières l’a conduit à enquêter, en s’y infiltrant, sur les milieux militants d’extrême gauche, en particulier sur La France Insoumise. Le témoignage qu’il nous livre après ces mois d’enquête est édifiant. LFI a tenté en vain d’avoir communication, par une mise en demeure judiciaire, de son livre avant parution, officiellement pour pouvoir préparer leur argumentaire. A la lecture du livre, on peut comprendre leur inquiétude. Et en même temps constater que les preuves avancées sur les prises de position pour le moins contestables de députés ou autres leaders « insoumis » excluent toute accusation de diffamation.

Née à Clermont-Ferrand d’un père breton et d’une mère marocaine, Nora Bussigny sait ce que métissage veut dire. Journaliste, et, comme elle le dit elle-même, ”racisée », elle a pu relativement facilement infiltrer les milieux woke et ultra-gauche. Cela lui a donné la matière de son livre Les nouveaux inquisiteurs, paru en septembre 2023. L’après 7 octobre et la déferlante d’antisémitisme qui a fait l’actualité en France lui a donné envie de reprendre sa « couverture » et d’enquêter sur les milieux d’ultra-gauche, de Révolution permanente à des organisations radicales LGBTQ+, de Science Po aux bancs de la fac, bref, partout où on les rencontre. Elle y a trouvé matière à son dernier ouvrage, Les nouveaux antisémites.
Deux auteurs donc qui sont allés voir sur le terrain. Deux auteurs dont l’attachement aux valeurs qui ont jadis fondé la République ne fait pas de doute. Ils ne sont pas d’extrême droite, ils ne sont pas non plus des transfuges qui se vengent. Et leur constat est sans appel. Un nouveau mal sévit en France et il a des complices à gauche. On pourrait arguer que l’ultra-gauche est, par essence, ultra minoritaire, et que les comportements qu’ils décrivent sont le fait de radicaux exaltés. Mais ce serait trop court. Des associations hébergeant ou invitant les extrémistes cités par Nora Bussigny sont régulièrement subventionnées par des mairies qui ne sont pas dirigées par des extrémistes, sauf à considérer qu’EELV ou le PS sont devenus des ultras. Et le NFP a sans état d’âme intégré LFI, qui venait de faire élire au parlement européen Rima Hassan, dont le discours souvent hypocrite, mais en même temps clairement pro-Hamas, n’a pas alors été un repoussoir. Que le NFP ait depuis connu quelques soubresauts n’a pas pour autant conduit la gauche traditionnelle à condamner sans ambiguïté son ancien partenaire et ses dérives.
La gauche française est donc bien devenue complice du mal, même si cette complicité connaît des degrés variables. Et même si elle n’est pas la seule, puisque la gauche anglaise ne fait guère mieux, pour en citer une que je connais, et la situation en Belgique devient pour le moins très délicate, si j’en juge par la description qu’en fait Nora Bussigny1.
Ce que fustigent Nora Bussigny et Omar Souleimane, c’est l’antisémitisme, ce mal multi-séculaire dont on pensait naïvement que nous étions, sauf de façon marginale, débarrassés, suite à sa dernière résurgence sous l’abomination nazie. Nos enquêteurs démontrent qu’il n’en est rien, au cas où le suivi de l’actualité ne nous aurait pas suffisamment éclairés.
Mais au fait, de quel Mal sont-ils complices ?
L’Islamisme, digne successeur du nazisme

Mais ce nouvel antisémitisme a ses racines dans un mal encore plus profond, comme l’antisémitisme nazi plongeait ses racines dans une idéologie plus complètement perverse. Ce mal, c’est l’islamisme.
Mettons tout de suite les choses au clair. Je ne parle pas ici de l’Islam en tant que religion. Omar Souleimane est d’ailleurs musulman, et ne renie en rien sa religion. Je parle de l’Islamisme, c’est à dire de l’Islam politique qui veut régenter la société au nom d’un dogme intangible, qui fait de la charia la seule loi à laquelle se soumette et du Coran la seule constitution, pour reprendre l’expression du fondateur des Frères musulmans2.
En notre époque où la reductio ad hitlerum3 est devenue un sport national, surtout à gauche, tentons un instant de la pratiquer à bon escient.
Tout d’abord, précisons que ce dont nous parlons n’est pas une religion, fût-elle radicale. C’est une idéologie totalitaire basée sur un discours religieux. Même les intégristes catholiques les plus radicaux n’ont jamais prétendu que la Bible et les Évangiles devaient être la seule Constitution de la Cité. Les Islamistes, eux, veulent imposer le Coran et la Charia à tous, comme le nazisme voulait imposer sa règle à tous, y compris dans les familles. Et, au passage, on oublie trop souvent la dimension spirituelle, quasi-religieuse, du nazisme. Pourtant, l’Essai sur l’inégalité des races humaines d’Arthur de Gobineau, qui a largement alimenté la « pensée » nazie, se présente bien comme une œuvre philosophique à portée générale, presque « révélée ». Chamberlain (Houston Stewart, pas Neuville) a largement contribué, lui aussi, à faire émerger la vision totalitaire nazie du monde. Est-ce parce que l’un est Français et l’autre Anglais que l’Histoire les met discrètement de côté ? Toujours est-il que la vision d’un monde entièrement dominé autant que guidé et éclairé par les »vrais croyants », la « race » supérieure pour les Frères musulmans, même si celle-ci n’est pas exclusivement fondée sur la génétique, ressemble beaucoup à la vision d’un monde entièrement dominé et en même temps guidé et éclairé par une Allemagne aryanisée. Autre proximité, totalement explicite celle-ci : la haine des Juifs. Les Islamistes ne s’y sont pas trompés. Le mufti de Jérusalem, Amil al-Husseini, principal allié des Frères musulmans, incita même les musulmans à rejoindre l’armée nazie au nom du jihad. Il faut dire qu’Hitler lui avait, semble-t-il, promis d’éliminer les Juifs de Palestine une fois l’Allemagne victorieuse4.

On a oublié les fondements idéologiques du nazisme pour ne garder à l’esprit que les horreurs commises, et c’est bien compréhensible. Malheureusement, on se focalise de la même façon presque exclusivement sur le terrorisme islamiste, oubliant les fondements idéologiques qui le sous-tendent. Je dis « malheureusement », parce que le terrorisme islamiste, comme le terrorisme nazi, n’est qu’un moyen, qu’une partie émergée d’un iceberg qui détruit l’idée même de civilisation. Les Frères musulmans et leurs avatars utilisent la terreur, en premier lieu contre des coreligionnaires, pour imposer leur idéologie. Mais ils savent aussi, comme naguère les nazis, utiliser d’autres moyens : des associations à caractère social, des médias de propagande — Al Jazeera est utilisé régulièrement pour propager les messages des Frères —, du double discours — a-t-on oublié les discours pacifistes d’Hitler, qui ont si bien manipulé les démocraties qu’ils ont conduit à Munich ? —, de l’entrisme dans des organisations humanitaires ou diverses associations militantes, voire des alliances temporaires contre nature. Après tout, l’alliance conclue en France avec la gauche plus ou moins radicale n’est pas plus étonnante que le pacte germano-soviétique, et a bien pour but, comme ce dernier, de neutraliser provisoirement un des terrains possibles de conflit en concentrant sa violence contre d’autres, Israël et les Juifs en particulier. Quant à celles et ceux qui minimisent le danger de l’islamisme au prétexte que le monde musulman serait irrémédiablement divisé entre chiites et sunnites, soulignons que cette division n’empêche pas l’Iran chiite et le Qatar sunnite de soutenir ensemble le Hamas sunnite. Le jihad réunit. Notons que les nazis aussi étaient divisés, mais communiaient ensemble dans leur abjection totalitaire. Les islamistes et leurs différentes chapelles font de même aujourd’hui. Il en est même qui s’évertuent, non sans succès, à donner une image modérée, tout comme il y avait des nazis « modérés », dont certains qui ont évité ainsi la peine de mort à Nuremberg. Comme le nazisme, l’idéologie islamiste est un tout.
J’arrêterai ici le rappel de la dangerosité extrême des islamistes, ce serait bien trop long de poursuivre l’inventaire. Omar Souleimane en rappelle quelques autres traits dans son livre, et Florence Bergeaud-Blaker, chargée de recherche au CNRS, a écrit sur le sujet de quoi convaincre le plus sceptique des honnêtes gens. Que la gauche française se ligue pour tenter, en vain d’ailleurs, de décrédibiliser son travail, illustre une fois de plus cette « complicité avec le mal » que dénonce Omar Souleimane. Mais prenons un temps pour souligner le dernier avatar de cette complicité, depuis le 7 octobre 2023.
Le piège de la Palestine

L’antisémitisme n’a pas attendu l’islamisme pour sévir, et il existe une « tradition antisémite » de gauche, sur fond de lutte des classes, même si elle est plus discrète que celle de droite. Mais le conflit entre Israël et l’islamisme, que celui-ci soit le fait du Hamas, du Hezbollah ou de la République islamique d’Iran, a permis à la gauche de « blanchir » — au sens du blanchiment traqué par TRACFIN— son éventuel antisémitisme sale en le déguisant en antisionisme réputé propre. Sauf que l’antisionisme militant, celui qui prône un État laïc en Palestine, « de la rivière à la mer« , est bel et bien de l’antisémitisme. Il existe des États musulmans. Il existe des États chrétiens, qu’ils soient œcuméniques, catholiques ou anglican. Au nom de quelle loi naturelle le peuple juif serait-il le seul à ne pas avoir droit à un État ? Et au nom de quoi cet État ne pourrait-il pas se situer là où le peuple juif a toujours vécu, a son histoire et ses traditions ? Que cette partie de la planète ait été successivement occupée par les Romains, par les Arabes ou par les Chrétiens d’Europe — brièvement — n’efface pas le fait qu’elle soit le berceau du judaïsme et que les premiers États juifs qui y ont été établis n’y ont été détruits que par la force des conquêtes successives. S’opposer à ce qu’un État juif s’y reconstitue et y prospère est donc bel et bien de l’antisémitisme.
Il est une légende qui affirme que la (re)création de l’Etat d’Israël est la cause de tous les malheurs et de la haine des Juifs au Moyen-Orient. Légende, parce que ni la présence juive, ni la haine qu’elle suscite de la part des Arabes, surtout des Islamistes, ne datent de 1948. J’ai rappelé plus haut la promesse faite par Hitler au mufti de Jérusalem, bien avant la création d’Israël. Les Frères musulmans ont mené des attaques contre les établissements juifs dans la Palestine alors sous mandat, quasiment dès leur création en 1928. Les juifs ont été soumis à des traitements discriminatoires, plus ou moins violents, dans tous les pays arabes, de Bagdad à Rabat, bien avant 48 et 67. En France, il est coutume à gauche de justifier l’antisionisme militant par les annexions consécutives à la guerre des Six jours. Mais c’est faire peu de cas des causes de cette guerre, et du fait que les annexions étaient le seul moyen pour Israël de s’assurer un peu de sécurité. La meilleure preuve en est que le Sinaï annexé alors a été rendu à l’Egypte dès la conclusion du traité de paix, qui confie aux Egyptiens le soin de la sécurité d’Israel sur sa frontière sud !

Rappelons quelques faits. Tout d’abord, la présence juive sur les terres des premiers États juifs historiques n’a jamais été interrompue. Le dernier Etat hébreu antique a été détruit par les Romains, la région rebaptisée Palestine en référence aux Philistins pour la « dé-judéiser », mais des Juifs sont restés. C’est sous l’empire ottoman que des Juifs de la diaspora ont commencé sérieusement à y racheter des terres, morceaux de désert vendus par les Arabes qui les avaient conquis. À tel point que cela finit par inquiéter le Sultan qui tenta, en vain, d’interdire la vente de terre à des Juifs. La fondation de l’Organisation sioniste mondiale par Theodor Herzl en 1897 a amplifié le mouvement, mais le vrai facteur-clé n’est-il pas plutôt à chercher du côté des avanies perpétuelles subies par les Juifs dans les mondes arabe et européen ? Les violences subies par les Juifs dans l’Empire des Tsars nous ont donné le mot « pogrom », mais elle ne faisaient que s’ajouter à celles que ce peuple a subies partout en Europe — Espagne, France, Italie, Pologne, … — depuis la destruction de son État originel. Quoi d’étonnant alors à ce qu’une part importante de la communauté juive se dise que recréer un État juif est la seule façon de retrouver un peu de sécurité ? C’est ce qui fit que finalement, les Anglais se laissèrent arracher la promesse de faciliter la (re)création d’un État juif en Palestine sous mandat. À condition de partager la Palestine du mandat entre un État juif et un État arabe. Et d’ailleurs, en réalité, l’Etat arabe fut créé le premier ! Il se nomme Jordanie, et, s’il ne fut pas donné aux « Palestiniens », c’est simplement pour honorer partiellement une autre promesse : celle faite pendant la Première guerre mondiale au Chérif de La Mecque par le Colonel Lawrence5, avec l’approbation du gouvernement de sa Majesté, de créer un État arabe en Syrie en échange de leur aide contre l’Empire Ottoman, allié de l’Allemagne. Finalement, il n’eurent pas Damas et durent se contenter d’Amman.
Le nazisme, puis sa défaite finale, ont bien évidemment accéléré l’émigration vers la Palestine des Juifs survivants, à coup de rachats de terre comme indiqué plus haut. Mais on est loin de la légende d’un Israël colonialiste s’imposant sur une terre palestinienne en en chassant les habitants. Et, bien que la partie de la Palestine non jordanienne eut dû logiquement constituer l’Etat juif promis par les Anglais, les Juifs acceptèrent la résolution de l’ONU créant deux États sur les terres restantes : un État juif et un État palestinien. Ce sont les pays arabes qui la refusèrent. Dès la proclamation de l’Etat d’Israël par Ben Gourion suite au vote de la résolution 181 de l’ONU, les Arabes, États limitrophes et Frères musulmans en tête, attaquèrent les implantations juives. Attaques conjointes qui devaient être renouvelées en 1967 et 1973, jusqu’à ce que la paix avec l’Egypte impose aux Arabes le terrorisme comme principal moyen de guerre.
Israël n’est pas l’agresseur, qu’on le veuille ou non. Pourquoi alors cette haine ? En fait, les dirigeants arabes, souvent les premières cibles des Islamistes pour ceux d’entre eux qui n’en sont pas, ont trouvé là un facile abcès de fixation, détournant les regards de leurs peuples. Alimenter la haine d’Israël, en lui faisant revêtir les atours d’un juste combat contre le colonialisme, est bien pratique quand on est incapable d’assurer à son peuple le minimum vital et qu’on se vautre dans la corruption. Quant aux États dirigés par des islamistes, comme la République islamique d’Iran, la « question palestinienne » leur permet d’exhaler leur antisémitisme nauséabond en le camouflant en antisionisme.


Petit à petit, le combat palestinien est ainsi devenu le combat symbolique des islamistes. Avec quelques temps plus calmes, quand Al-Qaida attaquait directement les USA, ou quand DAESH tentait de prospérer sur les ruines irakiennes ou la révolution syrienne. Mais de façon constante, l’islamisme le plus pur et le plus dur a soutenu les organisations palestiniennes, même quand elles n’étaient pas elle-mêmes islamistes, comme le FPLP. Précisons que ni le FPLP, ni le Hamas n’envisagent une solution à deux États, mais la destruction pure et simple d’Israël. Le Hamas s’inscrit quant à lui dès sa création dans la filiation des Frères musulmans6.
Comment et pourquoi la gauche française la plus radicale, donc la plus antireligieuse, de LFI et EELV à des groupuscules moins connus comme Révolution permanente, des associations féministes radicales, des associations LGBT, a-t-elle pu se retrouver dans un soutien à des Islamistes les plus réactionnaires ? J’invite les lecteurs du présent article à se plonger sans attendre dans la lecture des Complices du mal et celle des Nouveaux antisémites pour tenter d’y apporter leur propre réponse. Je ne me hasarderai pas à tenter de résumer deux ouvrages irrésumables. Je dirai simplement qu’à mon sens, quatre facteurs convergent vers cette triste trahison des idéaux de gauche. Le premier est un réel antisémitisme qui a toujours existé chez certains militants de gauche, même s’il est peut-être réellement résiduel, pour reprendre la formule que Jean-Luc Mélenchon a tenté d’appliquer à tort à la France entière. Le deuxième est une culpabilité mal placée de militants issus de combats anticolonialistes vis-à-vis de l’islamisme, inventeur du terme « islamophobie ». Le troisième est la manipulation extrêmement habile réalisée par le nouveau nazisme qu’est l’islamisme à travers différents canaux, de l’ONU à la presse mondiale, en passant par diverses ONG humanitaires. Le quatrième est un électoralisme qui en devient dangereux.
Juste un mot, avant de développer un peu ce quatrième facteur, sur la manipulation des médias et des bien-pensants en tous genres, dont même les nationalistes Corses ont été les victimes7. L’après cessez-le-feu à Gaza, résultat de l’action de Trump, a permis que les preuves de l’absence de famine, de l’inanité de l’accusation de génocide et de la mauvaise foi la plus absolue du Hamas soit largement données par les massacres perpétrés par cette organisation contre son propre peuple. La presse a bien été obligée de relater les exactions commises par le Hamas contre des Palestiniens dans les heures qui ont suivi la libération des derniers otages, et l’ONU a été contrainte de reconnaître le grand volume des stocks de nourriture présents à Gaza. Gageons que ces faits ne feront taire ni le Hamas, ni ceux qu’il faut bien ici appeler ses complices, de Rima Hassan aux députés LFI.
Quand on veut dîner avec le diable…
On connaît cette expression qui, sous des formes diverses et dans la bouche ou sous la plume de diverses célébrités, incite à se munir d’une grande cuillère si on veut d’aventure partager le dîner du diable. Il semble bien que LFI, et malheureusement aussi une partie non LFI de la gauche française au PS, à EELV ou au PCF, n’aient pas choisi une cuillère bien longue. De l’invitation du rappeur Médine à la fête de l’Huma ou à l’Université d’été d’EELV aux apparitions d’islamistes notoires aux côtés de députés LFI dans des manifestations de soutien à la Palestine, l’odeur pestilentielle de l’antisémitisme est sortie des arrières-cuisines pour s’installer sur le devant de la scène. Que Jérôme Guedj, ancien assistant parlementaire de… Jean-Luc Mélenchon avant de devenir lui-même député socialiste, soit violemment agressé en tentant de participer à une manifestation de soutien à Aboubakar Cissé8 ou attaqué par des Black Blocks lors de la manif du 1er mai 2025, à cause de sa condamnation sans appel du pogrom du 7 octobre en dit long sur la courte taille du manche de la cuillère. Que d’autres personnalités de gauche juives — Raphaël Glucksman ou Emma Rafowicz, par exemple — soient elles aussi attaquées par « la gauche de la gauche » à cause de leur judéité, selon le Premier secrétaire du PS lui-même, en est une autre illustration. Ajoutons, pour être complet, que la dénonciation de l’islamisme et de l’antisémitisme par la gauche française traditionnelle, si elle est réelle, se limite trop souvent à condamner les actes extrêmes, tout en tolérant les discours — ou les alliances — qui les préparent ou les provoquent.

Revenons-en à LFI. Jean-Luc Mélenchon a beau se défendre de tout antisémitisme, à titre personnel et au nom de son parti, les preuves apportées par Omar Souleimane et Nora Bussigny, non pas d’un antisémitisme systémique au sein de LFI, mais d’une présence réelle, parmi leurs élus locaux ou leurs soutiens, de personnalités clairement antisémites, sont trop nombreuses pour que je les énumèrent ici. Il faut les lire. Retenons simplement que ce n’est pas une coïncidence ou une maladresse, mais bien le résultat d’un choix stratégique. Je cite Omar Souleimane : « En septembre 2024, lors d’une manifestation à Paris, Mélenchon a clarifié la stratégie de LFI à ce sujet : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires, tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps. Là se trouve une masse de gens qui ont intérêt à une politique de gauche. » »9
Or, la jeunesse des quartiers populaires — et pas seulement — est fortement marquée par des prédicateurs islamistes à l’antisémitisme viscéral, ou par des influenceurs ou influenceuses de la même veine10. L’intersectionnalité des luttes produit quelques monstres. Comment alors capter ce réservoir électoral sans montrer quelque complaisance vis-à-vis de ces thèses ? La discrétion de la condamnation du pogrom du 7 octobre comparée à la virulence et à la tonitruance des attaques contre Netanyahu répond à cette question.

Le problème ici, c’est de savoir qui utilise qui. Les Frères musulmans et leurs affiliés ne sont pas des barbares incultes qui éructeraient en permanence des insanités antisémites. Ils sont au contraire très subtils, maniant à l’envi le double ou triple discours. Dans les manifestations par exemple, comme le montre Omar Souleimane, les versions française et arabe de leurs prises de parole diffèrent souvent, au moins de degré dans la violence. Les frères Tariq et Hani Ramadan, petits fils du fondateur des Frères musulmans, sont des intellectuels reconnus. Leur antisémitisme n’a rien de tonitruant, même s’il se révèle nettement au détour d’un soutien sans ambiguïté à un seul État en Palestine, et donc à la disparition du seul Etat juif du monde. Et l’importance mise par les propagandistes de l’islamisme, surtout depuis le 7 octobre 2023, sur les campus — Columbia en particulier aux USA, Sciences Po notamment en France — illustre une stratégie bien établie : séduire la jeunesse dorée — une année d’études à Columbia coûte au bas mot 80000 dollars, et Sciences Po n’est pas non plus gratuit —, et accentuer ainsi leur « légitimité intellectuelle ». Les lieux d’instruction — collèges, lycées, universités, et même parfois primaire — sont depuis longtemps les cibles de l’obscurantisme islamiste. Sans aller toujours jusqu’à la violence extrême de l’assassinat de Samuel Paty et de Dominique Bernard, l’islamisme y use de toutes les formes possibles d’influence pour provoquer autocensure et renoncement, quand ce n’est pas ralliement. Au point d’en faire depuis le 7 octobre des hauts lieux de l’antisémitisme, comme le démontre Nora Bussigny.
Mélenchon dit bien « il faut mobiliser la jeunesse ET les quartiers populaires« . Et si la jeunesse des quartiers populaires, souvent d’origine immigrée, est la cible dès le plus jeune âge de la propagande islamiste, celle des quartiers riches le devient au plus tard quand elle arrive à l’Université. Qui l’emportera en finale dans ce jeu de dupes entre un islamisme structuré depuis des lustres et un gauchisme prompt à courir après toutes les luttes « intersectionnelles » ? Pour ma part, je ne parierais pas sur le second. D’autant que l’Islam, y compris dans ses versions les plus rigoristes, intègre la possibilité de mentir. Quand les martyrs chrétiens sont morts parce qu’ils refusaient de renier ou cacher leur foi, les martyrs islamistes meurent, eux, uniquement en tuant leurs « ennemis ». Ils ont en effet parfaitement le droit de cacher leur foi ou leurs convictions tout en restant de bons musulmans : cela s’appelle la taqîya. Magnifique outil pour manipuler les crédules, et même les moins crédules.
Le parcours d’une Rima Hassan, réfugiée palestinienne par héritage11, en atteste. Son positionnement est clairement pro-Hamas, donc pro-islamiste, sa vision d’un État palestinien « de la rivière à la mer », « Palestine libérée » où les Juifs qui le voudraient auraient néanmoins le droit de rester12, est clairement antisémite. Mais cela ne l’a aucunement empêché de faire ses premiers pas de militante comme une laïque de gauche, et de récuser régulièrement tout antisémitisme13. Mensonge conscient, évolution ou simple incohérence intellectuelle ? Impossible à dire, mais ce qui importe le plus, ce sont ses prises de position politiques d’aujourd’hui, qui, elles, ne laissent aucune place au doute. Et, comme sa notoriété l’emporte sur tous les LFIstes, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon, la question de savoir qui manipule qui prend un relief tout particulier.
Une éventuelle victoire électorale de LFI en France, fut-ce au sein d’une alliance du type NFP, serait-elle pour autant le triomphe de l’islamisme et de l’antisémitisme ? Rien, évidemment, n’est moins sûr. L’islamisme militant pourrait n’être que le marche-pieds de la gauche révolutionnaire. Mais en même temps, la prudence s’impose. L’histoire de la montée du nazisme en Allemagne nous y incite : le nombre d’organisations politiques et de personnalités, Hindenburg en tête, qui ont été bernées par Hitler et ses disciples est à ce titre édifiant.
Et un triomphe, assez improbable en l’état, de l’islamisme en France n’est pas le seul danger pour la démocratie que fait peser cette complicité d’une partie significative de la gauche. La banalisation de l’antisémitisme, appuyé sur une longue tradition française, peut en être facilement le sinistre résultat. De gauche comme de droite, l’antisémitisme c’est insupportable. De surcroît, la multiplication des discours de haine qu’encourage cette complicité donne des arguments à toutes celles et tous ceux qui rêvent de censure, sur les réseaux sociaux ou ailleurs. Les lois françaises — loi sur le séparatisme de 2021, loi sur la majorité numérique de 2023 — et les tentatives européennes dans le même sens en attestent largement. Citons Robert Badinter, devant les militants de la LDH en 1984, en espérant que ce ne soit pas prophétique : « Le fascisme ne se lève pas comme la tempête en une nuit. D’abord rampant, dissimulé, ordinaire, il progresse par les voix de la haine, avivée par les difficultés économiques. Il s’empare des cœurs avant de pervertir les esprits puis de prendre le pouvoir. »
Une seule issue : approfondir la démocratie
Ce n’est pourtant pas en interdisant que l’on triomphera de ce Mal rétrograde et mortifère. Ce n’est évidemment pas non plus en le tolérant passivement. C’est en menant un combat idéologique résolu, en le dénonçant sans relâche, en dénonçant aussi sans relâche ses complices sous toutes leurs formes, que nous aurons une chance de le confiner et de le faire reculer. A ce titre, les livres de Nora Bussigny et d’Omar Souleimane sont salutaires14, comme le sont les travaux de Florence Bergeaud-Blaker. Et toute complaisance, fut-ce sur fond humanitaire ou antiraciste, envers les discours d’organisations islamistes comme le Hamas ou d’autres, dans nos pays, en apparence plus fréquentables, est dangereuse. C’est faute d’avoir mené à temps ce combat que Sciences-Po, par exemple, est devenue, sous prétexte de soutien aux Palestiniens, un foyer antisémite radical15. Un combat idéologique, cela veut dire argumenter, dénoncer les propos et les pratiques que nous jugeons mauvaises, sans se camoufler derrière la loi. Celle-ci ne fait qu’entériner les rapports de force. Perdons le combat idéologique et la loi deviendra permissive, voire complice.

Et plus profondément, seul un développement de la démocratie peut réellement constituer une contre-mesure durable et efficace. Plus le pouvoir réel est éloigné du peuple, plus il est influençable par des forces du mal. Je ne peux m’empêcher de penser que l’étrange complaisance du gouvernement français vis-à-vis du terrorisme palestinien, le conduisant à reconnaître un État palestinien avant même la libération des otages du Hamas, n’est pas sans rapport avec l’argent du Qatar. Et l’électoralisme de LFI, et plus globalement d’une partie de la gauche française, qui les conduit pour le moins à une certaine forme de cécité coupable quand ce n’est pas à une complicité active, est le résultat d’une dérive de la démocratie, qui transforme le jeu politique en simple exercice de communication plus qu’en travail sur une cohérence programmatique. Sans compter que, plus le pouvoir est centralisé et peu démocratique, plus il est un enjeu de taille pour des organisations comme les Frères musulmans. Il est plus facile d’appliquer la charia une fois pour toute dans un grand pays centralisé que de devoir conquérir une à une des entités autonomes, voire indépendantes.
On peut, on doit, aussi se poser une question essentielle : à quoi cela servirait-il de se battre contre la servitude islamiste si le prix à payer en était d’accepter la servitude d’un État tentaculaire qui n’a plus de démocratique que les apparences ?
A Liassi, nous sommes intimement convaincus que les êtres humains ont de nombreux défauts et sont capables de multiples avanies, mais qu’ils ne sont spontanément ni pour la guerre, ni pour la dictature. S’ils se laissent régulièrement entraîner dans l’une ou l’autre, ou souvent d’ailleurs dans les deux en même temps, ce n’est pas parce qu’ils ont trop de pouvoir, mais au contraire pas assez. Ce sont les dirigeants qui déclenchent les guerres ou instaurent les dictatures, et ce sont les peuples qui en subissent les conséquences. Il est temps d’inverser la logique. Les peuples sont la source de tout pouvoir, et ils doivent l’exercer, sans délégation.
Le Mal a toujours existé. Aujourd’hui, en France, il s’incarne en particulier dans l’islamisme et l’antisémitisme. Pour des raisons probablement en partie idéologiques, mais encore plus électoralistes, une part trop significative de la gauche française s’en fait complice. Le seul antidote durable est d’approfondir une vraie démocratie, fondée sur la subsidiarité, la liberté et la responsabilité.
- Lire chap. 8 De Strasbourg à Bruxelles, l’islamisme au grand jour dans Les nouveaux antisémites. Outre la description de la situation inquiétante de la Belgique — ou en tout cas de sa capitale —, on y trouvera aussi un témoignage édifiant de l’ambiguïté de la mairesse écologiste de Strasbourg. Les complices du mal ne se limitent pas à la gauche la plus extrême. ↩︎
- « Orateur talentueux, al-Banna excellait dans l’art de persuader. Son parcours se poursuivit jusqu’en 1928, année où il fonda avec quelques camarades un mouvement politique appelé les Frères musulmans. Leur slogan le plus célèbre résumait leur projet : « Le Coran est notre constitution, le jihad est notre voie, et mourir pour la cause de Dieu est notre plus grand souhait. » Omar Souleimane – Les complices du mal ↩︎
- Expression ironique […] due au philosophe Leo Strauss, qui l’utilise pour la première fois en 1951 et désignant […] le procédé rhétorique consistant à disqualifier les arguments d’un adversaire en les associant à Hitler [d’après Wikipedia] ↩︎
- Omar Souleimane, op. cit., d’après Ihab Omar, « L’armée islamique de Hitler… L’histoire du jihad au service du nazisme », Rasseef22, 28 septembre 2017. ↩︎
- Lawrence d’Arabie ↩︎
- Lire le livre d’Omar Souleimane, en particulier la première partie intitulée Un discours victimaire, pour plus de détails. ↩︎
- J’ai toujours eu pour ma part une immense interrogation sur comment des nationalistes corses, qui se battent pour que leur terre reste porteuse de leur civilisation séculaire, ont pu abandonner le peuple juif qui a su recréer, après des siècles de souffrance, d’humiliation et de déportations, un État démocratique sur sa terre ancestrale. Que le peuple palestinien mérite aussi d’être pris en compte ne souffre aucun doute. Que sa lutte, sous la direction d’un mouvement terroriste islamiste, devienne la boussole des prises de position à l’Assemblée de Corse est en revanche incompréhensible, ou plutôt illustre à quel point la propagande islamiste est efficace. Goebbels n’était à côté qu’un enfant de chœur. ↩︎
- Malien de 22 ans, sauvagement attaqué et assassiné par un Français d’origine bosnienne le 25 avril 2025 alors qu’il faisait le ménage à la mosquée où il avait l’habitude de travailler comme bénévole. ↩︎
- Omar Souleimane, op. cit., chap. 2 Les jeunes, cibles idéales du discours anticolonialiste ↩︎
- Lire en particulier attentivement le chapitre 5 Les influenceurs du chaos du livre de Nora Bussigny Les nouveaux antisémites. ↩︎
- Rima Hassan n’a jamais vécu en Palestine. Seuls ses grands-parents y ont vécu. Mais le traitement de la « question palestinienne » à l’ONU est si particulier que, pour la première et unique fois dans l’histoire humaine, le statut de réfugié peut être hérité sans limite de nombre de générations, et quel que soit le devenir des personnes. Ainsi, Rima Hassan a la nationalité française, et a été élue au Parlement européen en tant que Française, mais se dit toujours « réfugiée palestinienne ». Cette transmission ad infinitum du statut de réfugié rend de fait impossible d’accorder un « droit au retour », sauf à vouloir détruire l’Etat juif. ↩︎
- Ces propos de Rima Hassan sont cités par Nora Bussigny, op. cit., chapître 6 De Columbia Sciences Po, la promo « intifada ». Tout ce chapitre est aussi à lire avec attention. ↩︎
- cf. Nora Bussigny, op. cit., chap. 12 L’obsession juive de Rima Hassan ↩︎
- Ne me croyez pas sur parole, lisez-les et faites-vous votre propre opinion ! Ils relatent une multitude de faits édifiants, inquiétants, que je n’ai pu citer ici, cet article étant déjà très long. ↩︎
- cf. le chapitre 6 de Nora Bussigny, op.cit., déjà évoqué à la note 12 ↩︎
