Le Panthéon ou la légende française 

Pantheon_of_Paris_007Les dernières entrées au Panthéon ont fait parler d’elles. Pas vraiment dans la communion nationale à laquelle, en principe, ce lieu devrait appeler. De récupérations politiques en exclusions de l’arc républicain, c’est plutôt une cacophonie bien politicienne qui a été entendue. Est-ce à cause de la couleur de peau de Josephine Baker ou du double caractère arménien et communiste de Missak Manouchian ? Pas si simple…

Alors qu’il avait pour objectif de célébrer à la fois l’unité de la Nation et ses héros, le temple républicain qu’est le Panthéon a dès sa naissance été source de polémique. Église royale à son origine, il devient temple républicain en 1791, et accueille son premier héros : Mirabeau ! Celui-ci y restera un peu plus de trois ans, avant d’en être exclu pour avoir comploté avec Louis XVI. Un autre dépanthéonisé célèbre, Marat, y restera moins d’un an. 

Car qui dit temple républicain dit aussi soumis aux aléas de la politique. Du moins en France, où les majorités du moment ont une fâcheuse tendance à exclure de la République celles et ceux qui ne lui conviennent pas. Voire, en poussant un peu plus loin, à mettre en doute leur appartenance même à la Nation. Cette tendance, qui fut largement présente dans les années troubles de la Révolution, puis bien évidemment après la Deuxième Guerre mondiale, semble trouver un nouveau souffle sous le règne d’Emmanuel Macron. 

Car, en France, la Nation procède de l’Etat et non l’inverse. Et épouse donc les contours des humeurs de l’Etat et de ceux qui le dirigent. Ainsi, aujourd’hui, Manouchian est “mort pour la France”. Contre-vérité historique pour qui a pris la peine de s’intéresser tant soit peu à l’histoire du Parti communiste. Manouchian est incontestablement mort pour la liberté. Qu’il soit, selon ses propres mots, mort « en soldat régulier de l’Armée française de la Libération » ne signifie pas qu’il soit mort pour la France. Car comment oublier qu’à l’époque, le Parti Communiste suivait les ordres du Komintern ? La Troisième Internationale a fait suivre au PCF les tribulations du pacte germano-soviétique. Et les communistes ne sont entrés en résistance, à quelques très rares exceptions près, qu’après sa rupture en 1941. La France était occupée depuis un an, et la résistance non communiste avait déjà agi sur plusieurs terrains. 

Il ne s’agit pas d’enlever son mérite à Missak Manouchian ni à ses 22 camarades de l’affiche rouge. Qu’ils soient morts pour la Liberté et pour leurs idées est tout aussi respectable, sinon plus. Il s’agit simplement de remettre en perspective la façon dont l’Etat en France récupère des héros et prétend inventer la Nation. Pour mieux la soumettre.

Comment croire qu’une telle conception éminemment partisane et républicano-religieuse de la Nation puisse un jour y ouvrir une place pour le peuple Corse dans la République ?

La France, on s’y soumet ou on la quitte. Pour ma part, je préfère que la Corse la quitte au plus vite. Ou plutôt l’inverse d’ailleurs : que la France s’en aille, en emportant ses légendes.