Autonomia : la faute à qui ? Deuxième partie : l’indépendance maintenant

220px-Pasquale_PaoliSi, comme nous l’avons écrit dans notre article précédent, l’autonomie de la Corse dans le cadre de la République française est impossible ; si, comme nous le croyons, les discussions actuelles sont un piège, que reste-t-il ? En fait, l’alternative est simple : se soumettre et laisser donc disparaître le peuple corse, ou se battre pour l’indépendance. Ce qui peut se faire démocratiquement, par le débat et la conviction. Et avec une vraie chance de convaincre et de gagner, tant l’indépendance est à la fois possible et de bon sens. 

L’indépendance maintenant ?

Tout peuple a vocation à former une nation indépendante. Renoncer à ce droit est donc bien renoncer à être un peuple à part entière. Or, il n’existe pas de demi peuple. Il existe des peuples soumis ou des peuples disparus, l’un étant souvent le prélude de l’autre. S’acharner à vouloir rester dans la République française est condamner le peuple corse à disparaître. C’est d’ailleurs une perspective qui peut être défendue ! La pseudo autonomie envisagée par Macron éloigne même la perspective d’un “génocide culturel” — celle d’un génocide tout court n’ayant jamais été d’actualité. En reconnaissant une communauté historique, en préservant, comme élément du patrimoine, la langue corse, en accordant un petit pouvoir normatif, l’autonomie pourrait faire illusion quelque temps. Mais à terme, non reconnu en tant que tel, le peuple corse disparaîtrait, fondu avec les 4000 arrivants annuels dans une version méditerranéenne du peuple français, comme le sont aujourd’hui provençaux et occitans. Les personnes qui le constituent n’en seraient pas forcément très malheureuses ! Simplement, elles auraient perdu leur spécificité… cette spécificité que les non-Corses envient souvent : une certaine façon de vivre ensemble, de se respecter et se faire respecter. Une spécificité qui, nous aurons l’occasion d’y revenir, est aussi un gage de résilience dans un monde en profonde mutation. 

Si donc on veut vraiment assurer la pérennité du peuple corse, la seule voie raisonnable est l’indépendance. En même temps, il faut dire clairement que l’indépendance est un préalable et non un aboutissement. L’erreur, la faute, des indépendantistes corses au cours de ces dernières années a été de croire et de laisser croire que l’indépendance nécessitait une étape intermédiaire d’apprentissage, par une phase d’autonomie ! 

En acceptant ce préalable, les militants indépendantistes ont renvoyé l’indépendance au rang d’utopie. Comme si l’indépendance était extrémiste. Comme si le peuple corse était trop mineur pour être capable d’être indépendant tout de suite, ce peuple qui a su, un des premiers en Europe, se doter d’une Constitution et d’un Etat modernes pendant plusieurs décennies, puis qui a donné à la France deux empereurs et un nombre respectable de ministres  !

En réalité, l’indépendance est, dès maintenant, à la fois possible, souhaitable et nécessaire. 

L’indépendance est possible 

La Corse, nous dit-on souvent, est la région la plus pauvre de France. C’est faux ! La formule juste serait de dire que la Corse est la région de France où il y a le plus de pauvres. Mais l’île est riche. Elle est l’île la mieux arrosée de Méditerranée. Elle a un potentiel touristique formidable, aujourd’hui gaspillé sous les oripeaux d’un tourisme de masse à faible valeur ajoutée. Elle a la capacité à nourrir sa population quasiment de façon autonome, de par le nombre d’espaces agricoles encore inexploités et le climat favorable. Elle peut offrir une qualité de vie exceptionnelle et séduire ainsi de jeunes professionnels qui exigent une vie plus agréable que celle qu’offrent les mégalopoles du monde entier. Et, à l’heure des réseaux, de l’intelligence artificielle et du virtuel, une activité économique viable ne nécessite ni infrastructure industrielle lourde, ni transports lourds quotidiens. Elle a une capacité à devenir indépendante en matière d’énergie, tant par l’hydraulique ou la biomasse que par le solaire ou l’éolien. 

Peu de territoires ont cette chance ! La Corse a loupé la révolution industrielle. Elle a manqué la révolution agricole productiviste. En ce XXIe siècle où les enjeux écologiques sont devenus essentiels, ce qui était des handicaps est devenu un atout majeur. Il n’y a quasiment rien à déconstruire. Il suffit de construire, avec un peu d’imagination et d’argent pour investir. 

Or, cet argent pour investir, il se trouve aussi facilement en étant indépendant qu’en étant enfermé dans la République française. D’abord parce que cette dernière est en faillite, et que bien naïf serait celui qui croirait que les flux d’argent restants iront en Corse plutôt qu’à Paris ! Ensuite parce qu’une politique intelligente en matière de tourisme, d’agriculture et de fiscalité pourrait dégager des ressources financières importantes. On pourrait d’ailleurs y ajouter la location des multiples bases militaires françaises, Solenzara en particulier, qui aujourd’hui n’apportent à notre île que des désagréments. Et, pour finir, il faut citer la très importante diaspora corse. Aujourd’hui, on la voit surtout réclamer des avantages, par exemple un tarif résident sur les transports. Mais elle compte aussi des entrepreneurs, des scientifiques, des financiers, des gens riches. La diaspora corse, à l’instar des diasporas juive ou irlandaise, a su se mobiliser quand un malheur frappait notre île, comme la catastrophe du stade de Furiani par exemple. Qui peut croire qu’elle ne se mobiliserait pas pour assurer un futur à son peuple, pour peu que des projets sérieux lui soient présentés ?

L’indépendance est souhaitable

Il est des sujets sur lesquels cœur et raison doivent impérativement se mettre d’accord. L’avenir d’un peuple est de ceux-là. La survie pérenne du peuple corse ne peut pas être assurée autrement que par l’indépendance. Sur un plan éthique, l’indépendance est donc la seule réponse valable. Certes, des peuples se sont fondus dans d’autres tout au long de l’histoire de l’humanité. Certes, des cultures ont disparu dont il ne reste parfois que des traces quasi imperceptibles. Mais c’est toujours alors une perte. Serions-nous dans un siècle où la survie d’un peuple serait moins importante que celle d’une espèce animale ? Au-delà d’ailleurs de la dimension éthique, comment pourrions nous accepter, dans un monde en profonde mutation, la perte de chance pour l’humanité entière que constituerait la disparition d’une culture spécifique? Car si parfois l’uniformité entraine plus d’efficience, la résilience, elle, naît de la diversité. Le peuple corse a, par sa culture, par son histoire, des réponses spécifiques aux enjeux de ce siècle, tant en matière d’écologie que de savoir-vivre ensemble. Au nom de quoi l’Etat français s’arrogerait-il le droit d’en priver l’humanité ?

L’indépendance est nécessaire

Nous avons déjà évoqué le fait que, dans une France qui s’apauvrit, il faudrait être bien naïf pour penser que les élites parisiennes ne se serviront pas en premier des rares ressources restantes. Faut-il voir dans la seule mesure concrète résultant du dernier voyage d’Emmanuel Macron, à savoir la création de trois brigades de gendarmerie supplémentaires, un symbole des choix de l’Etat en matière de développement de notre île ?

Quoi qu’il en soit, et même si la France retrouvait sa richesse d’antan, toute son histoire commune avec la nôtre nous rappelle que les intérêts de notre île et ceux de la capitale française sont rarement les mêmes. Aussi, si nous voulons pouvoir assurer les investissements nécessaires à notre développement, si nous voulons pouvoir mettre en place une stratégie de développement adaptée à nos spécificités territoriales, nous avons impérativement besoin de tenir les leviers. Ces leviers s’appellent politique sociale, fiscalité, politique de transports, politique d’aménagement. Les mettre en œuvre suppose des lois. Or, la France a été claire, seul le parlement français fait la loi, et elle s’applique à tous. Comment, sans indépendance, faire par exemple comprendre à Paris que notre lien naturel avec le continent devrait être la Toscane, et non Marseille ? 

Comme le disait Jean Marie Djibaou, être indépendant, c’est pouvoir choisir ses interdépendances. Il est nécessaire que la Corse ait cette possibilité si elle veut pouvoir faire revenir ou maintenir au pays ses enfants, si elle veut leur assurer un futur digne sur leur terrre. Car, disons-le encore, la Corse est une île riche. Mais cette richesse est très inégalement répartie, et une part importante s’en va sur le continent. Pour la répartir autrement, pour en faire bénéficier la grande majorité des Corses, l’indépendance est la seule solution véritable. 

Nous l’avons dit plus haut, tout peuple a le droit de se constituer en nation indépendante. Le peuple corse n’est pas un sous-peuple. Il a donc ce droit comme les autres. Et un droit s’use vite si on ne s’en sert pas. 

Construire une stratégie de la confiance 

Amazing,Polaris,In,Deep,Starry,Night,Sky,,Space,With,StarsAlors, que faire pour mettre en place cette indépendance ? Il y aura bien sûr des compromis à construire, tant entre Corses qu’avec la France. Mais ces compromis ne doivent en aucun cas conduire à oublier le cap, à masquer la destination. Les Bretons ont un proverbe : « Si tu veux tracer ton sillon droit, accroche ta charrue à une étoile. » C’est ce que nous devons faire en Corse. Cette étoile, c’est une Corse indépendante, libre, solidaire et prospère. C’est possible. C’est souhaitable. C’est nécessaire. 

Cette étoile, il faut la faire briller aussi aux yeux de ceux qui sont récemment arrivés, qu’ils aient ou non des racines corses. Certes, parmi ces nouveaux arrivants, il en est qui ne voient que le soleil, la plage et la beauté des paysages. De même que certains Corses d’origine et de racines se moquent de la survie du peuple corse et de ses valeurs civilisationnelles, et se fondraient parfaitement dans le peuple français, de même certains nouveaux venus préféreraient la cage sans les oiseaux. Mais il en est aussi beaucoup qui, au contraire, viennent en Corse pour le mode de vie, les valeurs, la façon de se relier aux autres très spécifiques qu’on y développe. Pour ceux-là, les oiseaux comptent au moins autant que la cage. A nous de leur démontrer que, si les Corses ont une culture séculaire, celle-ci ne peut continuer à vivre que si les nouveaux venus l’intègrent avant toute chose, et que faire vivre cette culture, ces valeurs qui les attirent suppose des moyens que seule notre souveraineté pourra donner. Intégrer ces nouveaux venus-là, c’est aussi faire avancer notre combat pour l’indépendance.

Que ceux qui sont convaincus que le peuple corse a un futur fassent briller cette étoile à laquelle accrocher nos espoirs et notre combat. Pour remplacer le désespoir d’un peuple qui disparaît par l’espoir d’une nation en marche, sûre d’elle et ouverte sur le futur.

A suivre