La fin ou le début de la démocratie ?

1200px-Westminster_Palace_2Boris Johnson pourra s’enorgueillir d’avoir impulsé à la politique britannique un rythme plus soutenu que celui de son prédécesseur Theresa May. Sa dernière initiative de prolonger jusqu’à mi-octobre la traditionnelle suspension de septembre du Parlement britannique soulève des cris d’orfraie à travers l’ensemble de l’Europe. Certains crient au coup d’Etat constitutionnel, d’autres à la fin de la démocratie parlementaire britannique. Mais qu’en est-il réellement ?

Depuis trois ans, un Parlement britannique largement dominé par les Remainers, déclarés ou cachés, s’efforce d’annuler la décision exprimée par le peuple britannique lors du référendum de 2016. Il est vrai que rarement en Grande-Bretagne une décision politique n’a suscité autant de divisions : entre ville et campagne, entre nations constitutives du Royaume-Uni, entre catégories sociales ou d’âges. Mais la décision contraire eût été aussi clivante. Peut-on réellement voir dans ces blocages Outre-Manche autre chose que le signe de l’essoufflement généralisé de nos démocraties représentatives tel qu’il apparaît dans la plupart des pays européens ? Ne suffit-il pas de regarder du côté de l’Espagne, de l’Italie, de la Belgique, des anciens pays d’Europe de l’Est pour se convaincre de la crise généralisée de nos systèmes de représentation ? La France, certes, jouit d’un statut à part : sous la cinquième République en effet, aucun Parlement n’oserait contester durablement la prééminence du gouvernement. Celui-ci fixe en effet l’ordre du jour, et, depuis l’ascension d’Emanuel Macron au sommet, fait et défait les parlementaires à sa guise. Mais une chambre d’enregistrement est-elle réellement un signe de démocratie saine ? 

En informatique, on appelle deadlock (étreinte fatale) le blocage total d’un système dû à une tentative d’accès simultané à des ressources critiques partagées. Ainsi en est-il dans la “démocratie des lobbies” que sont devenus nos systèmes parlementaires. La parole du peuple, ressource éminemment partagée et critique, est disputée, interprétée, bafouée à merci par les différents lobbies qui ont réussi à se faire une place dans ce qui est sensé être une représentation nationale. 

La seule option pour sortir de cette “étreinte fatale” est de changer de niveau. Les échafaudages pyramidaux construits au XVIIIe, XIXe et XXe siècles ne fonctionnent plus. Poursuivre la centralisation et la construction d’une nouvelle pyramide à travers l’Union européenne, est voué à l’échec. Pour débloquer ce deadlock, il nous faut remplacer la pyramide par le réseau. Seule une mise en oeuvre généralisée et absolue du principe de subsidiarité au niveau de chaque peuple et nation qui constituent la richesse de l’Europe permettra d’avancer. Certes, la démocratie de proximité n’est pas à 100 % étanche aux pressions des lobbies, mais sa distribution la rend plus résistante. Ainsi, les Ecossais, les Gallois, les Irlandais et les Anglais auraient pu prendre vis-à-vis des autres pays de l’Europe une posture différente. Les Corses, les Bretons, les Basques, les Alsaciens et les Catalans pourraient décider de l’avenir qu’ils veulent construire chez eux. 

Notre siècle est celui de toutes les transformations. Il est temps de redonner sa chance à la démocratie. 

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